Ubisoft traverse actuellement une période de turbulences majeures. Entre une grève de trois jours impliquant 1 200 employés et les conséquences de la fermeture de ses studios à Stockholm et Halifax, le PDG Yves Guillemot tente de recentrer le discours sur ses franchises phares. Dans une récente mise à jour, l’éditeur a confirmé que l’avenir de l’entreprise repose désormais presque exclusivement sur deux piliers : Assassin’s Creed et Far Cry.
Alors que le groupe se réorganise en cinq « Maisons Créatives » spécialisées d’ici avril 2026, le nouveau studio Vantage Studios — une filiale soutenue par Tencent — détient désormais les clés du royaume. Nous avons analysé le calendrier de production, des shooters d’extraction dans la nature sauvage de l’Alaska aux remakes accélérés des favoris des fans, pour déterminer quels projets méritent réellement votre attention.
Le calendrier à haut risque d’Ubisoft
Far Cry 7 : Une course contre la montre risquée
Le prochain opus principal, connu sous le nom de Project Blackbird, semble vouloir rompre avec la lassitude du « nettoyage de carte » de Far Cry 6. Les rapports suggèrent une narration non linéaire centrée sur le sauvetage de la famille du protagoniste, mais le véritable sujet de discussion est la rumeur d'une mécanique de pression temporelle. Les joueurs auraient 72 heures dans le jeu — soit environ 24 heures en temps réel — pour accomplir leur objectif.
À notre avis, il s'agit d'un pari dangereux. Far Cry est traditionnellement une franchise basée sur l'exploration distraite. Imposer un compte à rebours au joueur pourrait soit apporter une tension bienvenue, soit aliéner totalement ceux qui souhaitent simplement faire exploser des avant-postes à leur propre rythme. Si Ubisoft ne parvient pas à équilibrer cette pression, Far Cry 7 pourrait ressembler davantage à une corvée qu'à un bac à sable.
Project Maverick : À la poursuite de la tendance de l'extraction
Ubisoft décline enfin Far Cry en une expérience multijoueur autonome avec Project Maverick. Situé dans les paysages sauvages de l'Alaska, ce titre serait un shooter de type "extraction" intégrant la mort permanente et un système de sac à dos.
Le cadre de l'Alaska semble parfaitement adapté aux racines de survie de la série, mais l'historique d'Ubisoft avec les spin-offs multijoueurs est, au mieux, inégal. Nous avons des réserves : le marché des shooters d'extraction est de plus en plus saturé, et Maverick a déjà subi plusieurs refontes internes. L'inclusion de la mort permanente suggère une orientation "hardcore" que la série principale évite habituellement, et nous nous demandons si le public de Far Cry recherche réellement ce niveau de punition.
Assassin’s Creed : Le filet de sécurité des remakes
Après le lancement d'Assassin's Creed Shadows en mars 2025, Ubisoft mise désormais lourdement sur la nostalgie. Le remake d'Assassin’s Creed IV: Black Flag (Project Obsidian) serait accéléré pour satisfaire une communauté qui dépasse aujourd'hui les 30 millions de joueurs.
S'agacer de la stratégie du "tout remake" est devenu un réflexe, mais Black Flag constitue une exception. Si les améliorations promises concernant les combats navals et les nouveaux systèmes de faune sauvage se concrétisent, cela pourrait être la victoire dont Ubisoft a désespérément besoin. Cependant, difficile d'ignorer l'ironie de la situation : Ubisoft a annulé le remake de Prince of Persia: Les Sables du Temps après des années de difficultés publiques, tout en espérant nous faire croire que Black Flag peut être bouclé pour fin 2026. Nous ne le croirons que lorsque nous verrons une bande-annonce de gameplay.
Hexe et le pari du mobile
À plus long terme, Assassin’s Creed Codename Hexe se positionne comme un épisode plus sombre et viscéral, se déroulant pendant les procès de sorcières. C’est un changement de ton que nous attendions depuis des années, mais avec une fenêtre de sortie en 2027, c’est bien trop loin pour régler les problèmes financiers actuels d’Ubisoft.
Plus imminent, Rainbow Six Mobile sera lancé mondialement le 23 février. C’est un choix audacieux que de lancer un titre majeur quelques jours seulement après une grève massive des employés. Bien que Rainbow Six Siege maintienne toujours 2,5 millions de joueurs quotidiens, porter cette expérience tactique précise sur un écran tactile est un défi de taille. Nous restons sceptiques sur la capacité d'un portage mobile à capturer la tension de Siege sans donner l'impression d'une expérience au rabais.
La survie par la consolidation
La stratégie d'Ubisoft est claire : consolider pour survivre. En abandonnant les projets risqués comme Assassin’s Creed Singularity (le jeu de cartes Web3) et le remake de Prince of Persia, l'entreprise parie tout sur ses noms les plus reconnaissables.
La réorganisation en "Maisons Créatives" et l'implication croissante de Tencent via Vantage Studios suggèrent un Ubisoft plus discipliné, peut-être plus corporatif. Mais discipline n'est pas toujours synonyme de qualité. Les grèves de février 2026 concernant la stagnation des salaires et les politiques de retour au bureau montrent une main-d'œuvre frustrée, et ce type de friction interne finit souvent par se ressentir dans le produit final.
Le Verdict TTEK2
Le pari sûr : Assassin's Creed IV: Black Flag Remake.
Même un remake précipité d'un sommet de la série par Ubisoft reste un pari plus sûr que leur récente série d'expériences ratées. C'est une formule éprouvée qui correspond aux forces actuelles du studio.
Celui à surveiller : Far Cry 7.
L'horloge de 24 heures en temps réel va soit réinventer la série, soit être la raison pour laquelle les joueurs passeront leur tour. Nous sommes prudents, mais au moins, ils tentent quelque chose de différent avec la structure narrative.
Celui à éviter : Project Maverick.
Un shooter d'extraction provenant d'un studio qui a passé des années à retravailler le concept ressemble à un projet courant après une tendance déjà essoufflée. À moins que les mécaniques de survie en Alaska n'offrent quelque chose de vraiment nouveau, ce titre générique risque de peiner à justifier son existence.
Le signal d'alarme : Rainbow Six Mobile.
Lancer un portage mobile à enjeux élevés en plein milieu de licenciements et de grèves n'est que rarement la recette d'un lancement réussi. Attendez-vous à des bugs et à une forte emphase sur la monétisation, alors qu'Ubisoft tente d'atteindre ses objectifs de réduction des coûts.
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